« Une approche sociologique de la robustesse organisationnelle. Le cas du travail des réparateurs sur un grand réseau de télécommunications. » Ivan BOISSIERES

Thèse de doctorat – année 2005. Directeur de thèse : Gilbert de TERSSAC

Résumé

Les entreprises vivent aujourd’hui dans un univers turbulent et imprévisible. Derrière ce constat à première vue trivial – car trop souvent rapporté à l’instabilité du marché – se cachent en fait des incertitudes inhérentes aux processus de rationalisation en cours. D’un côté, les évolutions récentes des systèmes de production, en tendant vers des structures techniques intégrées et complexes (Perrow, 1984), concourent finalement à donner à l’événement à la fois plus de poids et d’impact sur le déroulement « normal » des actions de travail. D’un autre côté, les modes d’organisation, en tablant sur la décentralisation des responsabilités, l’initiative et la mobilisation collective des exécutants, construisent du même coup leur propre dépendance à l’égard « de la bonne volonté » d’une population dont rien ne garantit qu’elle se conformera à ces attentes.

L’objectif de la thèse vise donc à identifier et à comprendre les mécanismes qui permettent aux organisations productives de préserver une certaine robustesse face à ces formes structurelles de fragilité de façon à réagir sans délai à des événements imprévus. Par « robustesse », nous entendons la capacité de l’organisation à attendre son but malgré les perturbations externes (pannes et incidents techniques, montées en charge, tempêtes, inondations) mais aussi internes (conflits, défaillances de la structure organisationnelle, erreurs humaines) qu’elle traverse.

En ce sens, notre objectif est de participer à la réflexion collective de l’axe 2 du CERTOP mais sous l’angle spécifique du « Travail d’Organisation » de l’événement, de « la structuration de l’imprévu », qui met en évidence la coexistence dans l’organisation d’un ordre structuré à l’avance, planifié, mais aussi d’un ordre inventé dans le cours d’action, sous l’influence d’aléas. Pour alimenter cette thèse, nous nous basons sur l’étude empirique de la maintenance et de la supervision des perturbations techniques sur le réseau des télécommunications entendues à la fois comme activités et organisations.

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