« Cartographie et analyse territoriale en vue d’un développement durable par l’écotourisme autour des parcs nationaux de montagne en Tunisie »

Olfa Boughamoura

Thèse de doctorat en études rurales soutenue le 19 septembre 2019, à
l’Université Toulouse – Jean Jaurès.

Jury :

Sylvie Clarimont, Professeure des universités, Université de Pau et des Pays de l’Adour (examinatrice)
Pierre Dérioz, Maître de conférences, Université d’Avignon et Pays de Vaucluse (rapporteur)
Samiha Khelifa, Maîtresse de conférences, Université de Carthage (co-directrice de thèse)
Zohra Lili Chabaane, Professeure des universités, Université de Carthage (rapporteure)
Vincent Vlès, Professeur des universités, Université Toulouse – Jean Jaurès (co-directeur de thèse)

Résumé :

L’écotourisme peut être une alternative de développement territorial générant une croissance économique basée sur la multifonctionnalité de l’espace, la diversification des activités humaines ainsi que l’autonomisation des régions et des communautés particulièrement dans les milieux forestiers et les aires protégées ; territoires marginalisés en Tunisie. Présentant une particularité sud méditerranéen, ces forêts habitées sont la gestalt de la combinaison des effets d’habiter l’espace et des particularités faunistiques et floristiques. La complexité des interactions conjuguée à la multiplicité des facteurs et des cultures font que ces espaces regorgent de richesses spécifiques, voire uniques, malgré la législation axée, jusqu’à la fin du 20e siècle, sur la protection et la conservation et qui est héritée d’une politique forestière coloniale. Suite à l’émergence d’une volonté nationale d’équilibre régional appuyée par une politique environnementale durable, une préoccupation sociale s’est développée chez les gestionnaires des forêts tunisiennes, soucieux de concilier développement et conservation. L’écotourisme a été suggéré pour valoriser les richesses naturelles et générer rapidement des revenus au profit de la population démunie particulièrement dans les régions montagneuses difficiles à désenclaver. La difficulté était double : la difficulté d’agir dans le cadre d’un code forestier rigide et celle de rompre avec l’offre mono produit d’un tourisme balnéaire. Cette recherche de thèse de cotutelle entre la géographie et le génie rural et forestier est une réflexion sur les contraintes qui ont entravé le développement de l’écotourisme dans les aires protégées de montagne en Tunisie, malgré les nombreuses tentatives entreprises ? En effet, 77 projets et études, favorisant directement ou indirectement le développement durable par l’écotourisme, ont été menés dans les deux aires protégées de montagne de l’Ichkeul et de Cap Negro choisies pour cette étude. Ces territoires à vocation forestière et à haute importance écologique et culturelle sont représentatifs des deux générations de parcs nationaux tunisiens (avant et après 2010). L’analyse de la durabilité des travaux recensés dans les aires protégées avec la boussole bernoise a mis en évidence des écarts entre les intentions des actions menées et les résultats atteints pouvant partiellement expliquer l’échec d’une mise en écotourisme des deux aires protégées. Nous avons parallèlement procédé à une évaluation systémique consultative écotouristique par l’intermédiaire de modélisations par des cartes cognitives. Partant du principe que l’écotourisme est une forme de développement basée sur une interaction et une collaboration entre les intervenants dans un système de gouvernance participative, l’analyse structurelle (MICMAC) a permis d’identifier, d’après la perception des différents intervenants et acteurs impliqués en écotourisme, d’abord les indicateurs qui conditionnent le plus les activités écotouristiques tunisiennes, et deuxièmement les jeux d’acteurs, leurs rapports de force ainsi que les déséquilibres qui peuvent déstabiliser le système de gouvernance (MACTOR). Ainsi, on a pu montrer à travers cette analyse que la volonté du développement de l’écotourisme dans les deux parcs nationaux s’est traduite en initiatives précaires pour résoudre les problèmes de pauvretés persistants par l’amélioration de l’aménagement et du désenclavement de ces territoires, mais il n’y a pas eu d’installation d’une activité touristique. Ce dysfonctionnement est dû d’après notre analyse à une confusion entre l’écotourisme et les formes des tourismes classiques auprès des intervenants de l’écotourisme. Elle a relevé aussi une forte influence des acteurs internationaux dans le secteur écotouristique tunisien qui mènent la conduite des projets dans les aires protégées avec les décideurs publics représentés principalement par l’administration forestière qui reste toujours influencée par une politique de conservation répressive. L’analyse aussi a montré une forte divergence dans les objectifs des opérateurs économiques par rapport au réseau d’acteur écotouristique tunisien. Cette thèse constitue donc une réflexion de l’état d’une initiative de développement des aires protégées publiques par l’écotourisme en croisant des approches interdisciplinaires dans une optique d’une analyse territoriale en Tunisie.

Mots clés : écotourisme, aires protégées, politique forestière, analyse territoriale, analyses d’acteurs, montagne, Tunisie.


« Mapping and territorial analysis for sustainable development through ecotourism around Tunisia’s mountain national parks »

Abstract:

Ecotourism can be an alternative for territorial development that generates economic growth based on the multifunctionality of the area, the diversification of human activities and the self-reliance of regions and communities, particularly in forest areas and protected areas; marginalised territories in Tunisia. With a particular southern Mediterranean aspect, these populated forests are the gestalt of the combination of the effects of living in the space and the particularities of fauna and flora. The complexity of interactions combined with the multiplicity of factors and cultures make these areas rich in specific and even unique resources despite legislation focused, until the end of the 20th century, on protection and conservation, which was inherited from a colonial forest policy. Following the emergence of a national desire for regional stability supported by a sustainable environmental policy, a social issue has developed among Tunisian forest managers, who are interested in reconciling development and conservation. Ecotourism has been suggested to enhance natural resources and rapidly generate income for the poor, particularly in mountainous regions that are difficult to improve access. The difficulty was doubled: the difficulty to operate within the rigid forestry code and the difficulty to break with the mono-product offer of a seaside tourism. This research between geography and rural and forest engineering, is a reflection on the constraints that have hindered the development of ecotourism in mountain protected areas in Tunisia, despite the many efforts undertaken? In fact, 77 projects and studies, directly or indirectly contributing to sustainable development through ecotourism, were conducted in the two mountains protected areas of Ichkeul and Cap Negro selected for this study. These territories with a forestry vocation and high ecological and cultural importance are representative of the two generations of Tunisian national parks (before and after 2010). The analysis of the sustainability of the works identified in the protected areas with the Bernese compass revealed differences between the intentions of the actions carried out and the results achieved, which could partially explain the failure of ecotourism in the two protected areas. At the same time, we carried out a systemic consultative analysis through modelling using cognitive maps. Based on the principle that ecotourism is a form of development based on interaction and collaboration between stakeholders in a participatory governance system. The structural analysis (MICMAC) identified, according to the perception of the various stakeholders and actors implicated in ecotourism, first the indicators that most conditions Tunisian ecotourism activities, and secondly the actors’ games, their power relations as well as the imbalances that can destabilize the governance system (MACTOR). Thus, this analysis has revealed that the desire to develop ecotourism in the two national parks was a precarious initiative to solve the problems of persistent poverty by improving the development of these territories, there has not been an introduction of a tourism activity, according to our analysis this dysfunction is due to a confusion between ecotourism and the classic forms of tourism among ecotourism stakeholders. It also noted a strong influence of international actors in the Tunisian ecotourism sector who lead the conduct of projects in protected areas with public decision makers represented mainly by the forest administration, which is still influenced by a repressive conservation policy, the analysis also showed a strong divergence in the objectives of economic operators compared to the Tunisian ecotourism actor network. This thesis therefore constitutes a reflection of the state of an initiative to develop public protected areas through ecotourism by crossing interdisciplinary approaches with a view to a territorial analysis in Tunisia.

Keywords: ecotourism, protected areas, forest policy, territorial analysis, stakeholder analysis, mountains, Tunisia

mise à jour septembre 2019/updated september 2019

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