Titre de la thèse : « La valorisation des déchets organiques dans l’agriculture « péri-urbaine » à Dakar (Sénégal). Analyse d’une multifonctionnalité stratégique. »

Sidy TOUNKARA

Thèse de doctorat en sociologie soutenue le 24 novembre 2015

Jury :

Catherine BARON, Professeure, Sciences Po Toulouse (Présidente)

Christian DEVERRE, Directeur de Recherche, INRA, AgroParisTech

Oumar DIOP, Professeur, Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal (Rapporteur)

Philippe HAMMAN, Professeur, Université de Strasbourg (Rapporteur)

Marie-Christine ZELEM, Professeure, Université Toulouse-Jean Jaurès (Directrice de thèse)


Résumé :

L’objet de cette thèse est d’analyser la double question de l’intégration ou de l’effacement progressif de l’agriculture dans la ville de Dakar et la valorisation agricole des déchets organiques urbains. Le premier aspect pose d’emblée la question de la gouvernance territoriale de l’action publique locale. Le second aspect renvoie à la multifonctionnalité de l’agriculture dans un contexte d’écologisation des activités humaines pour protéger l’environnement. Mais la problématique environnementale se heurte souvent à la nécessité de produire davantage pour les besoins d’une population mondiale croissante. Cette thèse s’inscrit donc dans cette large problématique qui consiste à concilier le défi environnemental avec celui de la nourriture.

Comment les maraîchers de Dakar s’adaptent-ils à cette double préoccupation : maintenir l’agriculture en ville et valoriser les déchets organiques urbains ? En quoi la multifonctionnalité de l’agriculture peut-elle contribuer au maintien et au renforcement de l’activité maraîchère ? Inversement, dans quelle mesure la valorisation agricole des déchets organiques urbains est-elle une opportunité pour légitimer l’intégration de l’agriculture dans le projet d’urbanisation de Dakar ? Ces questions ont été abordées en adoptant une approche interdisciplinaire croisant en particulier la sociologie et la géographie.

Au Sénégal, les différentes politiques publiques agricoles n’ont toujours pas permis d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Elles n’ont pas non plus réussi à maintenir les populations rurales dans leurs territoires d’où un exode rural massif vers les villes, en particulier vers Dakar. La croissance démographique qui en découle pose des problèmes d’emplois et impacte l’urbanisme en s’accompagnant de problèmes d’insalubrité. Dans ce contexte, les « néo-citadins » en particulier se tournent vers l’agriculture « péri-urbaine », une activité pourtant caractérisée essentiellement par une pression et une insécurité foncières, un déficit d’eau d’irrigation et un appauvrissement des sols.

Dès lors, la fonction environnementale de cette agriculture « péri-urbaine » apparaît problématique dans la mesure où elle est déjà soumise à des contraintes exacerbées par l’urbanisation. Toutefois, nous faisons l’hypothèse que cette nouvelle fonction environnementale de l’agriculture « péri-urbaine » constitue une opportunité pour les maraîchers de Dakar pour développer des stratégies d’adaptation au contexte local, mais aussi pour faire face au projet d’écologisation du secteur agricole porté par les partenaires scientifiques, techniques et financiers.

Dans cette thèse, il a d’abord été question d’analyser l’évolution des politiques publiques agricoles sénégalaises compte tenu des exigences nationales, de l’intégration africaine et de la mondialisation, dans un contexte marqué par la libéralisation de l’économie mondiale. Cette analyse des politiques agricoles a également porté sur la question de la multifonctionnalité agricole dans les relations Nord-Sud. L’analyse du problème des déchets urbains à Dakar a permis de montrer qu’il existe encore une gestion centralisée des déchets urbains et un passage progressif d’une politique hygiéniste à une politique de gestion qui met en avant la valorisation, y compris la valorisation agricole. Néanmoins, la gestion des déchets à Dakar est fortement marquée par une instabilité institutionnelle. En outre, une approche géographique de l’espace des Niayes (de Dakar) a fait apparaître que les pratiques agricoles sont largement déterminées par les caractéristiques de ce milieu soumis à une anthropisation renforcée par l’urbanisation. Cette urbanisation interroge la pérennité même de l’agriculture dans le projet urbain dakarois. Malgré les tentatives des maraîchers d’aller vers une coproduction de l’action publique locale qui devrait permettre l’intégration de l’agriculture dans les politiques d’urbanisme, nous montrons que la mise en agenda des problèmes agricoles en ville à Dakar ressemble plus à de l’affichage politique qu’à une réelle inscription dans le projet urbain. Enfin, si les maraîchers valorisent les déchets organiques comme fertilisants dans les rares espaces agricoles dont ils disposent, il n’en demeure pas moins qu’il existe des facteurs bloquants à surmonter pour « intensifier écologiquement » leurs systèmes de production. Certains de ces facteurs trouvent leur origine dans l’inscription des pratiques agricoles dans le système socio-culturel local et dans le rapport des maraîchers avec le « monde » scientifique et les questions d’environnement. Cela les conduit, à des degrés divers, à adopter les innovations induites par l’écologisation agricole, ou bien à opposer une « résistance au changement ».

Mots clefs : agriculture « péri-urbaine », déchets organiques, multifonctionnalité, Dakar, urbanisation, politiques publiques, écologisation, développement.


Title of thesis

“The valorization of organic waste in « peri-urban » agriculture in Dakar (Senegal). Analysis of a strategic multifunctionality.”

Abstract

The purpose of this thesis is to analyze the double issue of integration or the gradual disappearance of agriculture in the city of Dakar and the agricultural use of urban organic waste. The first aspect raises immediately the question of territorial governance of local public action. The second aspect refers to the multifunctionality of agriculture in the context of greening of human activities to protect the environment. But the environmental problems often face the need to produce more for the needs of a growing world population. This thesis is therefore part of this big issue of reconciling the environmental challenge with that of the food.

How do gardeners adapt to this double concern: to maintain agriculture in city and promote urban organic waste? How can agricultural multifunctionality contribute to maintain and strengthen gardening activity? On the other hand, to what extent is the agricultural use of urban organic waste an opportunity to legitimize the integration of agriculture in the project of urbanization of Dakar? These issues were tackled by adopting an interdisciplinary approach crossing especially sociology and geography.
In Senegal, the different agricultural policies have not yet achieved food self-sufficiency. They have not succeeded to maintain the rural population in their lands where thers is a massive rural exodus to the cities, particularly to Dakar. Urbanization raises the problems of employment and unhealthy environment. In this context, particularly the “neo-urbans” look to “peri-urban” agriculture, which activity is nonetheless characterized primarily by a pressure and land insecurity, a lack of irrigation water and soil depletion.
Therefore, the environmental function of this “peri-urban” agriculture is problematic insofar as it is already submitted to constraints heightened by urbanization. However, we suppose that this new environmental function of “peri-urban” agriculture is an opportunity for gardeners in Dakar to develop strategies for adaptation to the local context but also to face to the project of greening of agriculture supported by the scientific, technical and financial partners.

In this thesis, it was first analyzed the evolution of senegalese agricultural policies in accordance with national requirements, african integration and globalization, in a context marked by the liberalization of the world economy. This agricultural policies analysis also focused on the issue of agricultural multifunctionality in North-South relations. The analysis of the problem of urban waste in Dakar has shown that there is still a centralized urban waste management and a gradual transition from a public health policy towards a management policy that emphasizes the valuation, including agricultural valuation. Nevertheless, waste management in Dakar is strongly marked by institutional instability. In addition, a geographical approach of Niayes’ space (Dakar) showed that agricultural practices are largely determined by the characteristics of this environment under human transformation reinforced by urbanization. This urbanization calls into question the sustainability of agriculture in the Dakar urban project. Despite gardeners attempt to move towards a coproduction of local public action which should allow the integration of agriculture into urban planning policies, we show that the agenda of agricultural development problems in the city Dakar is likely to display political than an actual entry in the urban project. Finally, if gardeners value the organic waste as fertilizer in the few agricultural areas available to them, the fact remains that there are blocking factors to overcome for “environmentally intensify” their production systems. Some of these factors are based on the registration of agricultural practices in the local socio-cultural system and the relations that gardeners have with the scientific “world” and environmental issues. This leads, to varying degrees, to adopt the innovations induced greening agriculture, or to oppose a “resistance to change”.

Keywords “peri-urban” agriculture, organic waste, multifunctionality, Dakar, urbanization, public policies, greening, development.


mise à jour 26 novembre 2015