Éditions : Presses Universitaires de Rennes, Coll. Hors série
Parution : février 2019, p. 400, prix : 28 €
ISBN : 978-2-7535-7594-3

Préface de Jean-Claude Schmitt
Avec le soutien du laboratoire HeRMA et de l’Université de Poitiers

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Présentation de l’ouvrage par Jérôme Lamy :

Pourquoi écrire ce livre ?

Avec mon collègue Romain Roy (qui est un spécialiste de l’antiquité grecque), nous avions longuement échangé, lors d’un colloque à Poitiers, en 2013, sur la fécondité potentielle d’une approche historique du système des ontologies proposé par Philippe Descola dans son livre Par-delà Nature et Culture (Gallimard, 2005). Nous étions frappés par le fait que l’histoire servait globalement de toile de fonds sur laquelle se détachait la modernité européenne avec le déploiement du naturalisme (insistant sur la continuité physique et la discontinuité psychique entre les êtres). Nous pensions qu’il fallait vraiment discuter la possibilité de mener une anthropologie historique de la nature qui fasse droit à toutes les formes d’articulations entre ontologies. Mais ce projet ne pouvait pas être réalisé simplement à deux. Les thématiques interrogées sont nombreuses, les questionnements mobilisés sont très larges et les domaines à explorer sont vastes. Donc, nous avons imaginé la possibilité de faire un premier colloque, en juin 2014, à l’Université de Poitiers. Il s’agissait en quelque sorte d’un galop d’essai pour tester collectivement des hypothèses et voir si la démarche que nous envisagions était suffisamment robuste. Les problématiques soulevées ont été très prometteuses ; nous avons donc organisé un second colloque en octobre 2015 en élargissant le champ des spécialités : historien.ne.s (de toutes les périodes), historien.ne.s de l’art, anthropologues, philosophes, sociologues… ont été invités à débattre de la possibilité de reconstituer les formes anthropologiques d’appréhension de la nature. Les discussions ont parfois été vives, mais elles ont permis de dégager une vraie thématique de recherche.

A quels questionnements tente  d’apporter des éléments de réponse ?

Interroger la façon dont, à toutes les époques, les êtres humains ont construit ou ont pensé leur rapport à la nature s’inscrit, nécessairement, dans une réflexion très contemporaine sur les dégâts environnementaux en cours. Cet ouvrage collectif vise donc aussi à comprendre comment, en Occident, un rapport singulier (celui qui rend disponible l’environnement naturel pour une préhension éventuellement violente) a été rendu possible. En miroir de cette situation, comment, d’autres civilisations, dans d’autres périodes, ont construits un lien différent, moins destructeur, avec la nature ? Ces questionnements invitent à reconsidérer sérieusement, et avec soin, la façon dont, par exemple, les récoltes médiévales ont constitué un phénomène culturel. Ou encore, ce que les figures-relais (comme le saint-protecteur) a permis dans la manière de figurer le volcan au 17e siècle.

Quels sont les apports de l’ouvrage ?

Je dirais que leurs auteur.e.s ont permis, dans leurs différents textes, de signaler trois grandes inflexions dans la façon de concevoir historiquement les déploiements ontologiques de Philippe Descola. D’abord les ontologies ne s’expriment jamais sous une forme « pure ». Lorsqu’une ontologie semble dominer une époque (c’est-à-dire que les rapports qu’elle suppose à la nature sont le plus souvent mobilisés), il existe toujours des manifestations (moins systématiques) d’autres ontologies. Par exemple, l’anthropologue Florence Menez montre bien à propos de l’introduction de la palourde philippine dans la lagune de Venise que l’ontologie analogique (par le recours à l’image de l’ADN) devient un leitmotiv des discours.

Ensuite, c’est l’extraordinaire combinaison des relations entre les êtres et les choses qui a été mise en exergue par de nombreux auteur.e.s. La description, par Grégory Quénet, des nombreux arrangements entre nature, pratiques humaines et symboliques du pouvoir dans l’écologie du château de Versailles à l’époque moderne, témoigne de cette immense variété des liens tissés entre des entités très différentes.

Enfin, le dernier trait mis au jour par les contributeurs-trices concerne la force des correspondances entre les signes. Les représentations de la nature s’inscrivent systématiquement dans des systèmes signifiant qui peuvent être lus, compris, interprétés, de façons très différentes selon les époques. Ainsi, Alix Levain met en exergue la façon dont les marées vertes en Bretagne ont été constituées en problème politique via les archives formelles.

Comment avez-vous construit cet ouvrage ?

Nous avons demandé à chaque intervenant.e.s des deux colloques de nous faire parvenir leurs textes ; puis nous avons fait passer un appel pour compléter les approches déjà constituées. Il nous semblait que certains aspects de la démonstration manquaient. Donc, nous avons constitué un comité scientifique qui a évalué la vingtaine de propositions reçues. Ensuite, nous avons construit l’ouvrage autour de quatre axes : d’abord le point de vue philosophique de l’anthropologie historique de la nature (afin de fixer les choses et de se donner quelques chances d’avancer avec un corpus notionnel cohérent), ensuite nous avons interrogé la problématique de « l’Autre nature », c’est-à-dire toutes les formes de distinction, d’identification, de démarcation qui peuvent exister dans les opérations ontologiques, puis l’entrée par les politiques de la nature qui donnent à voir des formes de gouvernement de/par l’environnement, enfin une attention particulière aux pratiques de ritualisation et de symbolisation qui font circuler des modalités ontologiques spécifiques.

A quel public s’adresse l’ouvrage ?

Nous espérons que l’ouvrage intéressera bien sûr les anthropologues, les philosophes, les historien.ne.s intéressés par la fécondité des croisements interdisciplinaires. Mais le livre pourra aussi intéresser celles et ceux que les problématiques concernant la façon d’envisager la nature à travers l’histoire intéresse.

Et maintenant ?

Avec Romain Roy nous poursuivons l’enquête en nous centrant sur l’époque antique. Mais j’essaie également de saisir ce rapport des êtres humains à la nature du point de vue de l’histoire des formes d’expression politique en terminant, avec mon collègue moderniste Sébastien Jahan, un livre sur l’histoire de l’écosocialisme.


Jérôme Lamy est historien et sociologue des sciences. Chargé de recherche (HDR) au CNRS, membre du CERTOP, ses domaines de recherche sont la sociologie des activités spatiales, la sociologie historique des politiques publiques de la recherche, l’histoire et la sociologie des sciences humaines et sociales.
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Contact : jerome.lamy@univ-tlse2.fr

Romain Roy est docteur en histoire ancienne et chercheur associé au laboratoire HeRMA (EA 3811 – Université de Poitiers)
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