Titre : « Des formes à consommer. Pensées et pratiques du design industriel en France (1945-1980). »

 Directeurs de thèse :

Franck Cochoy, professeur à l’Université Toulouse II – Le Mirail
(co-directeur de la thèse)

Jean-Pierre Daviet, professeur émérite à l’Université de Caen

 Soutenance le 14 décembre 2010 : en savoir plus

 Résumé :

La thèse retrace l’émergence en France d’une nouvelle
activité professionnelle, bientôt dénommée « design », qui consiste
à mettre en formes les produits de l’industrie. Il s’agit de
comprendre la transition depuis une tradition des arts décoratifs
liée aux savoir-faire et aux modes de production
artisanaux vers un nouveau modèle de conception des
formes adapté aux impératifs de la production industrielle.

La première partie de la thèse retrace l’action menée dans
les années 1950 par deux associations de promotion des formes
industrielles : Formes Utiles, héritière du mouvement moderne
français de l’entre-deux-guerres, et l’Institut d’esthétique
industrielle, créé par Jacques Viénot. Le groupe Formes Utiles
s’efforce de penser la continuité des formes entre
artisanat et industrie et concentre son action sur l’éducation des
consommateurs en présentant des sélections d’objets au Salon des
Arts ménagers. Les membres de l’Institut d’esthétique industrielle
s’inspirent quant à eux du taylorisme pour penser la réorganisation
du travail de conception des formes dans un cadre
industriel et orientent leur action vers les producteurs, chefs
d’entreprises et cadres. C’est autour de Jacques Viénot, de son
Institut et de son bureau d’études Technès que se constitue dans les
années 1950 un milieu professionnel de l’ « esthétique
industrielle », définie comme activité de conseil aux entreprises
industrielles.

La deuxième partie de la thèse analyse l’ancrage incertain
du design industriel en France dans les décennies 1960 et 1970.
Cette période voit la création de nombreux bureaux d’études et
l’élaboration de méthodologies de création qui permettent aux
designers d’accroître leur légitimité face aux
industriels et face aux disciplines concurrentes que sont le
marketing et la publicité. La création de nouvelles institutions de
promotion (Centre de création industrielle, Conseil supérieur de la
création esthétique industrielle) ne suffit cependant
pas à stabiliser une profession rétive à toute tentative
d’institutionnalisation. Le fonctionnalisme, qui constitue le socle
idéologique de la discipline, fait l’objet de remises en
cause de la part de penseurs critiques : Roland Barthes
initie une lecture sémiologique des objets, Jean Baudrillard
s’inspire du marxisme pour attaquer le rôle économique et social du
design. Les designers français choisissent alors de puiser dans le
modèle de l’école de design allemande Hochschule für
Gestaltung (HfG) d’Ulm pour justifier leur activité. La
théorie des objets développée par Abraham Moles, Français enseignant
à la HfG, rend compte de ce brassage de conceptions issues du
structuralisme, de la phénoménologie et de la cybernétique. Les
designers industriels se présentent alors comme des
concepteurs d’environnement, des représentants des consommateurs
au sein des entreprises qui contribuent à assurer la transparence et
la fluidité du marché. Le système informatique d’information
sur les produits, mis en œuvre fugitivement au sein du Centre de
création industrielle à la fin des années 1970, témoigne de
cette ambition. Des études de cas viennent compléter cette histoire
en retraçant les conditions de la collaboration entre des
bureaux d’études de design industriel et des entreprises du secteur
du petit électroménager : Technès et Calor dans les années 1950,
d’une part, Moulinex et Jean-Louis Barrault, SEB, Yves Savinel et
Gilles Rozé dans les années 1970, d’autre part.

 Financement :
AMN (2004-2007), bourse Fulbright (2007-2008), ATER (2008-2010)

 Discipline :
Histoire

 Mots-clés :
Design industriel, électroménager, consommation

mise à jour 03 décembre 2010