« Commercialiser la nature et les façons d’être. Une histoire sociale et environnementale de l’économie et de l’aménagement touristiques (Pyrénées françaises et espagnoles, XIXe-XXe siècle) »

Steve HAGIMONT

Soutenue en novembre 2017

Thèse de doctorat en histoire contemporaine réalisée sous la direction de Jean-Michel Minovez (FRAMESPA) et Vincent Vlès (CERTOP)


Jury

Anne-Marie Granet Abisset, Professeure des universités, Université de Grenoble (rapporteuse)
Laurent Tissot, Professeur des universités, Université de Neuchâtel (rapporteur)
Christophe Bouneau, Professeur des universités, Université de Bordeaux 3
Nicolas Marty, Professeur des universités, Université de Perpignan
Jean-Michel Minovez, Professeur des universités, Université Toulouse – Jean Jaurès (directeur de thèse)
Vincent Vlès, Professeur des universités, Université Toulouse – Jean Jaurès (co-directeur de thèse)
Colette Zytnicki, Professeure des universités, Université Toulouse – Jean Jaurès


Résumé

L’objet de ce travail est d’examiner l’appropriation locale d’un changement global d’imaginaire, qui transforme les montagnes, leur environnement et leurs sociétés en objets de désirs et de consommations touristiques. Cette étude s’inscrit dans le temps long (entre la fin du XVIIIe siècle et la fin du XXe) et s’appuie sur un espace pionnier du tourisme européen. La mise en tourisme d’éléments de l’environnement (paysages, eaux, biosphère, climat, neige) et de certains modes de vie, place quelques territoires de montagne au cœur d’un mouvement économique, social et culturel éminemment contemporain. Le tourisme, dont l’apparition est concomitante de l’industrialisation, s’impose comme une forme de compensation face aux « débordements » industriels et urbains, comme un complément indispensable de la modernisation. Il connaît des taux de croissance forts qui en font un secteur à part entière de l’économie contemporaine. À chaque moment de cette histoire, certaines régions des Pyrénées s’illustrent au meilleur niveau d’équipement et de réputation et permettent d’interroger sur le temps long les problématiques posées par l’aménagement en montagne.

Dans ces Pyrénées, le secteur touristique se construit d’abord localement, au contact des désirs des visiteurs. L’intervention publique est déterminante : des communes aménagent et expérimentent des modes de gestion de biens productifs (thermes, casinos, stations de ski). Elles sont appuyées par les préfectures et les administrations déconcentrées. L’État en tant que tel n’intervient, lui, que tardivement. Cette étude comparative et transfrontalière permet sinon de mettre en lumière des facteurs qui influent sur la trajectoire des aires et stations touristiques, qu’il s’agisse de thermalisme, d’excursions en montagne ou de sports d’hiver. Un exemple, celui de la station en site vierge de Superbagnères, invite en particulier à reconsidérer l’histoire traditionnellement faite des aménagements touristiques hivernaux.

Cette recherche tente par ailleurs d’appliquer le concept d’hétérotopie, cette utopie effectivement réalisée, au tourisme ; elle interroge pour ce faire le versant social de l’aménagement, qui doit assurer le bon ordre et la sécurité dans les stations. Les effets du tourisme sur l’environnement sont également abordés : très tôt, les urbanisations accroissent l’exposition aux risques naturels, artificialisent les sols, posent des problèmes d’assainissement, tandis que les excursions et les consommations diverses augmentent la pression sur la biosphère. Cette étude s’intéresse aussi au partage de l’espace et aux conflits d’usage avec l’industrie et l’agriculture ; elle met en avant leurs liens avec la protection de la nature. Elle restitue, enfin, l’importance de la frontière et de l’imaginaire géographique dans les trajectoires économiques et touristiques.


Abstract :

The aim of this work is to consider the local appropriation of a global change of imaginary, which transforms the mountains, their environment and their societies into objects of touristic desires and consumables since the eighteenth century. This study examines a long period of time (between the end of the 18th century and the end of the 20th century) and draws on a pioneering area regarding European tourism (French and Spanish Pyrenees). The touristic transformation of environmental elements (landscapes, waters, biosphere, climate, snow) and specific lifestyles puts some mountain spaces at the core of a highly contemporary economic, social and cultural movement. Tourism, which emergence coincides with industrialization, appears as a form of compensation for industrial and urban « overflows » and as an essential complement to modernization. Its strong growth rates make it a full-fledged sector of the contemporary economy. All along this history, some regions of the Pyrenees reach the best level of equipment and reputation.

 

mise à jour 27 novembre 2017