Titre « Changement dans la construction sociale de la production alimentaire localisée. Analyse à partir du cas drômois. »

FIAMOR Emmanuelle

Directeur de thèse : Jean-Pierre Poulain

Tuteur : Jacinthe Bessière

Thèse de doctorat – soutenue le 24 octobre 2014 à 14h

Discipline : Socio-anthropologie de l’alimentation



Résumé de la thèse :

Les productions alimentaires régionales, dites « de terroir » ou « localisées » se sont remarquablement développées à partir du tournant des années 80, selon des modes de valorisation variés allant du petit producteur à l’industriel labélisé. A l’aune d’une enquête de terrain portant sur la diversité des modalités de valorisation des nombreuses productions du département de la Drôme, nous nous sommes rendus compte que la diversité des modes de valorisation sur ce territoire n’était pas seulement de nature organisationnelle et stratégique. En effet, le terrain nous a conduit à supposer l’existence d’une diversité de significations sociales associées à la production localisée. Cette diversité s’incarnait dans le fait que la référence à la tradition n’était plus le seul vecteur de légitimation pour une production localisée.

C’est ainsi que nous avons cherché à analyser la diversité organisationnelle mais aussi symbolique des différents processus de valorisation. Au vu de la fonction sociale d’aliment identifié dans un contexte industrialisé qu’ont les productions localisées, nous avons alors compris, qu’un nouveau sens social associé à la production locale serait signifiant d’un rapport nouveau au besoin d’identification de l’alimentation dans un contexte industrialisé et mondialisé.

Pour analyser cette diversité organisationnelle et symbolique, nous avons pensé les processus de valorisation comme des systèmes de domination, au sens où l’entend Max Weber. Ainsi, le système et la stratégie de valorisation ont été mis au jour, de même que la forme de la légitimation sur laquelle repose la signification sociale de la production.

Dans ce cadre, nous avons analysé six variations de localisation par référence à la tradition ainsi qu’une manière de localiser émergente. Dans cette dernière, l’ancrage local de la production s’effectue par le fait d’avoir été produite, transformée et vendue localement par le petit fermier local, souvent néo-rural, selon des savoirs et des savoir-faire de production, de transformation et d’organisation de vente construits à travers les réseaux de partage et de vente existants entre ces exploitants. Ces réseaux, formels et informels, sont créés soit par le biais du monde associatif agricole soit en toute autonomie. Dans ce cadre, chaque exploitant a pour objectif de produire et de vendre mais aussi de « faire groupe » tout en gardant son indépendance face à ses pairs et face aux acteurs institutionnels. Ainsi, ces producteurs, dans leur rapport à la production et au groupe, permettent l’émergence de savoirs et de savoir-faire de production localisée ancrés dans un « ici et maintenant » culturel associé à leur figure de petits fermiers locaux.

Mots clés :

alimentation, productions localisées, terroir, développement territorial, Drôme, circuits courts, indication géographique, valorisation, légitimation, systèmes de domination.


Change in the social meaning of local food production. A field survey in the Drôme territory (France).

Abstract

This research emanates from a field survey we conducted in the Department of Drôme, France, which deals with the analysis of a variety of valorization methods of local food productions we sought to explain.

Local food production are a traditional production rooted in time and space, regardless the organizational and strategic variety of valorization methods. In the Drôme territory, we found a variety of productions and a variety of organizational and strategic valorization methods. But those patterns are not sufficient to explain what we observed in the field. We observed also another form of reference to location of these productions than only the reference to tradition.

From there, in addition to the analysis of the organizational diversity of valorization methods of local food production in Drôme, the characterization of a new form of reference to location of production we spotted is the main issue of this research. To analyze the organizational and symbolic diversity, we conceptualize the valorization methods as systems of domination (in the sense of Max Weber).

Indeed, the system and the strategy of valorization are pointed out as well as the shape of the legitimacy on which the social significance of the production is expressed. In this framework, we analyzed six variations of localization types by reference to tradition and one emergent way of localizing productions. This last is assessed through the fact that productions are produced, processed and sold locally by small local farmers, often neo-rural, according to production knowledge and expertise, processing and selling organization built through sharing and selling networks constructed among these farmers. These networks, either formal or informal, are either created through agricultural associations, or either were built autonomously. In this framework, each farmer aims to produce and sell, but also to “build a community” while keeping its independence from peers and institutional actors. Therefore, these farmers, through their relationships to the production and to their community, induce the emergence of knowledge and know-how rooted in a “here and now” cultural bedrock crystallized in the representation of the small local farmer.

Keywords

Food, local food productions, short range circuits, geographical indication, Drôme, strategies, legitimation, systems of domination.



Jury :

Charles Edouard de Suremain, Chargé de recherche, IRD (rapporteur)

Pascale Moity-Maizi, Maître de conférences, Montpellier Sup Agro (rapporteure)

Jacinthe Bessière, Maître de conférences, UT2J (co-directrice de thèse)

Claire Delfosse, Professeur des universités, Université Lyon 2 Lumière

Jean-Pierre Poulain, Professeur des universités, UT2J (directeur de thèse)

Vincent Simoulin, Professeur des universités, UT2J

Nathalie Panarin, Chargée de mission, Conseil général de la Drôme (membre invité)



Financement de la thèse :

 Mars 2007 / Mars 2010. Contrat de recherche CIFRE – Conseil Général de la Drôme, Direction générale adjointe du développement

Dans le cadre de la réalisation de la thèse :

  • Enquête qualitative sur la production et la valorisation des productions alimentaires localisées
  • Analyse typologique des processus de valorisation et des processus de légitimation des productions alimentaires localisées
  • Analyse du développement territorial généré par les processus de valorisation

Mission d’information et d’appui scientifique auprès des pouvoirs territoriaux et des acteurs professionnels

Mise en place, animation, suivi d’un groupe de travail sur la valorisation des productions alimentaires réunissant des pouvoirs territoriaux, des acteurs du développement territorial et des acteurs des mondes agricole et agro-alimentaire

 Novembre 2003/ Janvier 2006. Chargée d’évaluation au Muséum de Lyon

Service Recherche et développement. Cellule évaluation

  • Réalisation d’enquête auprès des publics du Muséum de Lyon dans le cadre de la construction du Musée des Confluences : élaboration des protocoles d’enquête, saisie des questionnaires, traitement et analyse
  • Participation aux synthèses d’évaluation et à l’écriture des rapports
  • Enquêtes exploratoires auprès des non publics des musées d’Histoire Naturelle et de Science et Société
  • Recherche documentaire

 Octobre 2003. Enquêtrice pour le CNRS

Enquête de terrain dans le cadre du projet: « Appréciation et consommation de produits fumés par les enfants et adolescents de Savoie et Haute-Savoie : relation avec leur évaluation de goût salé et gras. »

Laboratoire Eco- Anthropologie et Ethnobiologie, CNRS UMR 5145, Paris/ Bourg-en-Bresse.

Mission réalisée sous la direction de Laurence Bérard et Marie-Odile Monneuse.

 Avril-juillet 2002.Stage au Museo de la Sidra Nava, (Asturies, Espagne)

Dans le cadre d’une bourse de stage (Maîtrise d’ethnologie) de la Région Rhône-Alpes :

  • Guide pour les publics français
  • Enquête et observation participante auprès des publics du musée et de la population locale dans le cadre d’un travail de Master I sur la patrimonialisation de la sidra asturiana (cidre naturel) à partir de la ville de Nava.

 Mars 2002. Stage à la Fondacion Universidad-empresa de Salamanca, (Castille et Léon, Espagne)

  • Suivi du programme « 100 empresas ». Programme ayant pour objectif de favoriser les collaborations entre les entreprises agro-alimentaires de Castille et Léon et l’Université de Salamanque.

mise à jour avril 2015