Titre provisoire : « Constructions mémorielles et identitaires liés à l’alimentation : le cas de Marocains vivant en France. « 

Thesis provisional title “Morocco in the larder : food as symbols of one. Memories and identities constructions bound eating habits among Moroccans living in France.”

ETIEN Marie

Directeur de thèse : Jean-Pierre PoulainCo-directrice: Laurence Tibère

Thèse de doctorat – en cours

Financement : ANR

Discipline : Sociologies de l’alimentation, mémoires et identités en sciences humaines et sociales (philosophie, psychologie, sociologie, anthropologie, ethnologie, etc.), sociologies des relations interculturelles.

Résumé :

La compréhension des processus de constructions de la mémoire et des identités liés à l’alimentation a nécessité un retour à une forme d’ontologie fondamentale, baignée de philosophie et saupoudrée de psychologie. Tout en ayant la socio-anthropologie comme ligne dormante, la posture adoptée pour notre recherche sur la mémoire et l’identité part des travaux d’Aristote jusqu’à ceux de Joël Candau. En nous détachant des comportements alimentaires, ce premier travail a révélé combien mémoire et identité sont deux notions indissociables l’une de l’autre. Souvenir du passé, sensation du présent et prévision du futur s’entrechoc dans une temporalité où l’identité s’exprime dès que le sujet décide quelles représentations du passé vont être données à voir, mises en scènes et partagées. Sans cesse en mouvement, les processus de constructions mémoriels et identitaires obligent en permanence à des réorganisations. Il s’agit alors de partir à la recherche d’une cohérence, d’une similitude de soi à travers le temps et l’interaction en oscillant entre socialité et sociabilité, entre assignation et auto-assignation, entre ressemblance et différence, familier et étranger, identique altérité. Pour penser cette continuité dans le changement, nous nous appuyons sur les travaux de Paul Ricoeur et de Pierre Tap. L’analyse des récits de vie que propose Jean-Claude Kaufmann dans L’invention de soi permet de penser la captation d’identités en mouvement en ce qu’elle donne à voir des constructions de sens permanentes notamment lorsque les individus se trouvent confrontés aux sentiments de double rejet analysé entre autres par Johann Michel dans Sociologie du soi, essai d’herméneutique appliquée. Enfin, les travaux d’Anselm Strauss dans Miroirs et masques, une introduction à l’interactionnisme invitent à mettre en relief les points de ruptures, ou plutôt les moments de vie qui obligent l’individu à reconnaître qu’il n’est plus le même qu’avant.

L’acte alimentaire est porteur de sens. En mangeant certains plats ou en les refusant, on exprime plus ou moins consciemment qui l’on est, qui l’on veut être ou qui l’on ne veut pas être. On raconte son histoire, d’où l’on vient, où l’on va et on prend place dans la société dans laquelle on vit. Manger est une communication de soi à soi, de soi au monde et de soi aux autres dans toute leur multiplicité. Manger permet de donner du sens aux choses qui nous entourent et de se donner du sens, d’exprimer qui l’on est, de se positionner et, dans une relation à l’altérité, manger permet d’être reconnu et de se définir à travers le regard de l’autre. Combiné à une approche sémiologique et herméneutique, puis à la lumière des approches de Claude Lévi-Strauss et de Mary Douglas, nous partons de l’idée que l’alimentation – entendue comme un des systèmes symboliques mobilisé, consciemment ou non, pour produire du sens – permet d’étudier les liens qui unissent la mémoire, l’identité et la mise en cohérence d’un moi-mangeant voire d’une personnalité mangeant. Nous utilisons ces termes à la lumière des travaux d’Abram Kardiner, de Margaret Mead ou de Ralph Linton sur les concepts de personnalité de base ou pattern. De nombreux concepts et notions issus des socio-anthropologies de l’alimentation établissent un lien entre mémoire, identité, construction des origines – réelles, rêvées ou mythiques – et alimentation. Les travaux de Claude Fischler, Jean-Pierre Corbeau et Jean-Pierre Poulain éclairent tous les enjeux identitaires se révélant autour des nourritures. Ils ont été le point de départ de nos réflexions. À la lumière du concept de Resocialization de Giddens, les travaux d’Emmanuel Calvo sur les continuums alimentaires et les nouvelles socialisations alimentaires puis les travaux de Laurence Tibère sur la créolisation alimentaire permettent de comprendre comment l’alimentation participe des réorganisations identitaires et s’inscrit dans des logiques de mise en commun et de distanciation en situation d’acculturation et d’expérience de l’exil. Pour nous, il s’agit de comprendre comment, dans le contexte socio-éco-culturel et politique français d’aujourd’hui, l’alimentation intervient dans la construction des identités, de la mémoire et des sentiments d’appartenance et d’intégration.

L’analyse d’un corpus de récits de vie liés à l’alimentation de personnes marocaines ou d’origines marocaines vivant en France donne à saisir les processus par lesquels l’alimentation devient ressource et support pour la construction identitaire, qu’elle soit individuelle ou collective. Nous analysons comment l’alimentation intervient dans le parcours migratoire et l’installation dans une nouvelle société, quel est son statut dans les perceptions des populations issues de l’immigration et comment s’opèrent les constructions matérielles et symboliques qui accompagnent l’expérience migratoire. Ce que nous voulons saisir plus précisément c’est comment les nourritures interviennent dans les jeux identitaires et leur rôle dans les processus qui contribuent à se sentir d’ici, de France et/ou d’ailleurs, du Maroc.

Mots clés : Alimentation – Mangeurs marocains – Sémiologie et herméneutique – Mémoire et identité – Socialité et sociabilité – Cohérence et rupture – Continuité et discontinuité – Acculturation – Métissage et créolisation alimentaire.

mise à jour novembre 2013

Imprimer